bg

02/02/2026

Un établissement prestigieux de Strasbourg, dans lequel je n’ai jamais eu l’occasion d’enseigner, me contacte pour remplacement ponctuel dans trois classes de collège, sur durée brève, avec aménagements possibles de l’emploi du temps.

 Un cadeau, présenté, qui plus est, sur plateau d’argent ! 

Je réfléchis, en conscience. Cela me passionnerait. C’est un honneur. 

Pourtant je dis non, pour plusieurs raisons, ceci sans rationaliser. Le fleuve que je suis - en ancien français, le latin aqua a donné eve, mon nom, homophone, né, lui, de l’hébreu - n’a pas à retourner en arrière. J’ai décidé autrefois une fois pour toutes dans ma vie de ne jamais rouvrir une porte fermée ; je respecterai cette décision ancienne, très saine. La porte de l’enseignement en collège, je l’ai en mon entrée en retraite douloureusement mais bien fermée. Je ne suis pas sûre de savoir reproduire cela; or achever le parcours professionnel sur ce ratage serait pour moi ravageur. J’aurai vraisemblablement du mal avec l’utilisation de l’électronique pour tout ce qui concerne le versant administratif. Ce serait le cas dans "mon" ancien collège, ce le sera a fortiori en lieu inconnu. L’adaptation, chronophage, au numérique ne m’intéresse pas du tout, et je n’entends pas y mettre mon énergie. Je veux en disposer pour autre chose. Enfin, je ne suis pas sûre non plus d’avoir encore à 69 ans la force de l’emploi. Bien plus important que tout cela, il y a que je ne veux rien détricoter de ce que je construis maintenant, difficile, délicat et très beau.   

Je laisse simplement cette possibilité ouverte, tout à fait compatible avec mes choix de vie actuels : être roue de secours si l’établissement qui me contacte reste en panne, ne trouvant personne d’autre. La promesse est valable pour toute l’année. C’est merveilleusement bien compris par mes interlocuteurs. 

Je constate en cette occasion plus qu’intéressante, tout inattendue, que la vie me donne là de ne plus subir la retraite, faisant contre mauvaise fortune bon coeur et l’assumant en dépit de tout, mais de la vouloir pour mener à bien ce que j’y construis maintenant et ne pourrai pas/plus construire dans quelques années. Magnifique ! 

Oui, je veux ma retraite pour y accomplir ce que j’en fais ici et maintenant, dont c’est l’heure et le lieu ici et maintenant, et qui me passionne.