01/02/2026
Ce mot, je le dois, reconnaissante, à la psychanalyse qui l’a formé. Mais je ne l’utilise pas selon son acception en cette discipline.
Chez moi, perlaborer relève plutôt de la prière.
Je m’appuie sur le sens étymologique de perlaborer en français. J’entends alors : "travail (labor, labeur) qui est tout de traversée (per), une traversée obstinée, et de soi, et de la difficulté, et de l’obscurité, et de la lumière, de ce qui vient, de ce qui est connu et inconnu"... D’origine et de sensibilité pour une bonne part germanique, je me plais à écouter le mot en allemand, son lieu originel (durcharbeiten). Durch me dit qu’on s’en sort, arbeiten que c’est une tâche noble, dans laquelle la peine se mue en allégresse créatrice.
Perlaborer constitue une part essentielle, pour moi, de ma prière en solitude, le « pour » signifiant ici à la fois "expérience personnelle" ( qu’il n’est pas question de généraliser, puisque chacun a sa voie/x propre ) et "cadeau". La solitude me permet de perlaborer ; perlaborer me permet de faire ma solitude belle et désirable. Que se passe-t-il alors ?
Ma prière, tout en étant stillbleiben, immobilité silencieuse des mystiques rhénans, est combat de Sittingbull au sol.
Quand je perlabore, devant Dieu s’il existe, sans rien attendre de lui, sans aucunement recourir à son aide, dans une autonomie à laquelle je tiens (elle n’empêche pas de le remercier pour la fécondité du travail), je dis et redis, scrute ce qui s’est alors dit en moi de moi par glissements, l’analyse et en décrypte ce que je puis, avec grande patience et grand respect pour moi dans le mystère que je suis à moi-même.
En ces moments, la parole intime se donne si je la laisse surgir et venir telle qu’elle se présente. Elle n’est jamais anodine, je le sais, même quand elle paraît superficielle. Mes questions la forent, poussent le dit plus loin. J’écoute ce dialogue silencieux, attentive à chaque nuance et de l’expression et du souffle.
Se joue en "mon" perlaborer ma présence à moi, condition sine qua non de ma présence amicale aux autres. En effet, la haine de soi en laquelle s’originent rancoeurs, mauvaise humeur, lassitudes est là défaite, dissoute, lysée. Tout le monde en bénéficie, je crois !
