Suis‐je à la bonne adresse ? Beaucoup de difficultés dans une existence résultent d’une erreur en la matière. Je me suis mal orientée et le courrier me revient, d’une façon ou d’une autre.

Hantée par une absence, dans l’enfance

Nous demandons souvent à l’autre ce qu’il ne peut donner. C’est souvent inconscient, toujours tacite. Beaucoup demandent au supérieur d’être un père, au médecin d’être un magicien, au prêtre d’être Dieu. Il vaudrait mieux demander au supérieur d’être son supérieur hiérarchique, au médecin d’être médecin, au prêtre d’être prêtre, quitte à demander au père d’être père, au magicien d’être magicien, à Dieu d’être Dieu.

Pourquoi l’erreur d’adresse ? Sans doute parce qu’on a obscurément peur qu’à la bonne adresse il n’y ait personne. Le père a été dans l’enfance un père absent, alors c’est au conjoint qu’on demande de suppléer. Il y a peu de chances que le magicien existe hors de nos rêves d’autrefois. Quant à Dieu…

L’erreur d’adresse dit que je n’ai pas encore pu quitter le père, la mère, le magicien, mon Dieu. Parce que je n’ai pas pu les quitter, ils ne me quittent pas. C’est comme s’ils me hantaient, le mot signifiant revenir à la maison. Il n’y a là rien de ridicule ni de honteux. Si je reste liée, c’est que quelque chose m’a entravée : la souffrance, les peurs, la violence ou la culpabilité d’un parent ; un non‐dit, que, sans savoir, je sais et que, sachant, je ne je sais ; l’appréhension, parce que je n’ai ni la force ni les codes pour affronter l’extérieur, souvent hostile. Enfin, si je reste en rade, c’est que personne n’a soufflé dans mes voiles.

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