« Et toi petit enfant... Tu t 'appeles Jean » : c'est dans les Ecritures, c'est dans ma vie, certainement dans vos vies.

Voici, je raconte parce que cela me dépasse. L'autre soir, comme je quittais la salle des professeurs tardivement, je croisai dans le couloir sans élèves, revenue chercher des copies, une collègue bien plus jeune que moi, avec son petit garçon.

J'aime les enfants mais garde toujours la distance, une distance intérieure qui se sent, bien évidemment. Pourquoi ? A cela, il y a des raisons personnelles et d'autres plus générales. Célibataire, j'ai appris à faire le deuil de la maternité. Alors, il m'est impossible, « quand l'enfant paraît », pour reprendre la belle formule d'un autre, d'annuler en un clin d'oeil des années de labeur - oui, la douleur m'a labourée - sur soi et d'aussitôt l'accueillir à bras ouverts. Ceci relève de mon parcours existentiel. Mais de toute façon, par respect pour l'enfant, je refuse de l'aborder avec familiarité. Or, je sais, expérience faite et amplement confirmée au fil des années, que l'enfant et moi sommes proches, autrement, en ma distance de femme sans enfants. Pour celui de ma collègue, j'adoptai la même attitude intérieure et la gardai tout au long de la rencontre.

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25. 11 . 2017, état des lieux.

  • Espace :
    L'appartement, que j'ai fait, m'a faite. Il m'a donné une intériorité.
    Le dernier tapis est parti. Reste et restera le petit tapis de prière musulman.
  • Temps :
    Le temps, en ma nouvelle relation à lui, s'est fait rond comme un beau fruit.
    Hier soir et ce matin, j'ai eu cette image en moi : je marche à mon rythme qui est le bon, bien dans mon corps et ma démarche, vers celle que je serai en ma fin, superbe, qui me regarde et m'attend. Sont parties les cuissardes à talons hauts. Je les aurais eues.
  • Evolution par la médiation des objets :
    Les cuissardes à talons hauts sont parties. Je les aurais eues.
    Avec le turban, je m'avance déterminée vers ma fin à la façon de la puissante Néfertiti., dont on sait que sa fin fut magnifique.
    La Dame à la Licorne intronisée au plus intime de mon appartement a oeuvré. Est montée en moi cette clameur : « Le Roi est mort, vive la Reine ! »

« De la mort à la vie »: à Saint‐Pierre‐le‐Jeune avec Evelyne Frank
Article de Dostena Lavergne, Dernières Nouvelles d’Alsace, 28. 7. 2017.

Auteur spirituel, femme de lettres, chrétienne en chemin, Evelyne Frank propose une visite guidée dans l’église protestante Saint‐Pierre‐le‐Jeune… La vie elle‐même ne serait‐elle pas une brève visite au temple terrestre de l’infini ? Parfois on s’y sent guidé, parfois perdu, essayant en vain de nous rappeler le passage secret vers la lumière…

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Je passe le cap physique mais surtout symbolique des 60 ans. Pour moi, cela fait date, pour d’autres non.

Des femmes m’ont demandé de mettre par écrit ce que je leur partageais, grave et amusée. Je les écoute et le fais ici. Des hommes lisent, attentifs, qui me disent pressentir qu’ils sont eux aussi concernés, d’une façon ou d’une autre.

Ceci me touche beaucoup. M’est signifié que ces hommes et ces femmes peuvent se reconnaitre dans mon « je », même si pour eux ce fut autre ou ne fut pas encore, que ma parole dit quelque chose de tout un chacun, en notre culture judéo-chrétienne et même au-delà. Mon entrée dans la soixantaine, je l’aurai vécue de façon recueillie, intense. Me fut donné de vivre un parcours initiatique. Je tente de le restituer ici pas à pas. Il commence avant l’anniversaire de naissance, parce que l’inconscient anticipe, et se poursuivra, parce que l’être a besoin de temps pour faire de l’éternel.

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Célébrer la vie jusqu'au bout

À 60 ans, Évelyne Frank, femme de lettres, évoque en toute franchise comment son ancrage dans la Bible et la foi la dynamisent pour accueillir et inventer sa «vieillesse-voyage»...

Découvrez le dossier que le Messager Evangélique m'a consacré (Pdf)

Quand mon mandat de membre d’EAP s’achèvera, je ne demanderai plus à le renouveler. Je pense que ce temps est passé pour moi.

J’ai bientôt 60 ans, j’estime devoir entrer dans une autre dynamique de mon être, que j’appelle, au grand effroi de beaucoup, la vieillesse, alors que c’est juste la prise en compte que je n’ai plus 6000 mais 60000 km au compteur. Je voudrais ici remercier la paroisse des Hausbergen (67200) pour ce qu’elle m’a donné de précieux dans cet engagement.

Il y a eu, de la part de beaucoup, une grande bienveillance. J’y ai été d’autant plus sensible que je m’étais engagée de tout mon coeur et le suis restée. Cette bienveillance retentissait tout fort dans mon appartement de célibataire. Elle continue de me parler. C’est bien concret, puisque je suis devenue ainsi marraine d’une toute petite qui grandit et grandit bien ! Bonheur pur !

J’ai beaucoup aimé nos réunions de travail en EAP, toutes les trois ou quatre semaines, sur une durée de sept ans. Le bénévolat, c’est grand ! Les trois heures de travail filaient vite, parce que c’était passionnant, mené avec intelligence par notre prêtre, une intelligence de l'esprit et du cœur, dans la rectitude. Je n’oublierai jamais. J’ai vu de près ce que c’est que tenir, tenir et tenir encore en fidélité à un projet réfléchi, dans le monde masculin (L’équipe était essentiellement masculine). Cela m’a impressionnée. Chapeau bas pour les hommes !

Jamais je ne me serais risquée aux lectures publiques régulières en service de personnes âgées et de grands paralysés (Béthel), et encore moins en prison (Elsau), si mon élan premier n’avait été confirmé par les membres de l’EAP, un à un, explicitement. Or, la démarche, toujours délicate pour moi, est à chaque fois de grâce dans tous les sens de ce terme. Ainsi, parmi les plus belles heures de mon existence, il y a celles-ci, de l’ordre du miracle, qui vous porte et vous emporte plus loin !

Merci à la paroisse pour tout cela, considérable en quantité et en qualité ! Ce fut en l’été de ma vie une moisson. Dans ma mémoire, toute cette beauté ne défleurira pas.

Je souhaite paix et joie à qui prendra le relai.

Le Nouvel An est une porte, fortement marquée, inquiétante. Elle doit être franchie, nous n’avons pas le choix. Le risque est grand que nous en franchissions le seuil en vaincu/e, inclinant la tête pour passer sous le linteau. Ce serait dommage de s’engager ainsi dans les jours qui s’ouvrent devant nous. Nouvel An, c’est aussi le temps des voeux, justement pour conjurer la peur. Et puis, parce que l’on a le sentiment de commencer, comme un écolier, une page blanche, nous prenons souvent des résolutions. Je voudrais reprendre ici ces trois aspects : la peur, les voeux, les bonnes résolutions.

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enseigner Joie !

Enseigner ne peut se faire que dans la joie, une joie généreusement exprimée, courageusement osée, jalousement gardée et protégée aussi. Il y a, en effet, surtout vers les 17h, les fatigues et les découragements, souvent - pas toujours - la langue de bois de l’éducation nationale, les tentatives toujours possibles des élèves pour déstabiliser l’adulte, ce qui est tout normal, le torrent éprouvant les rives. Pas question "d’ensaigner" pour autant. Jamais !

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Mariawald abbey 2006 10 22 dti

En trente ans de retraites régulières chez les trappistes, toujours dures, toujours de l’ordre du combat, toujours à la fois souhaitées et redoutées, toujours belles, j’ai beaucoup demandé, énormément reçu.

Là, en relation avec la formation qu’un autre, béni, me donna - celui que j’appelais « le Père d’or et de sel », « le Père de par la sève de l’âme », « le Père–prêtre »-, mon existence a trouvé, par la médiation de ces hommes, une force et un bonheur que le temps, en éprouvant, ratifie.

Etty Hillesum m’avait préparée à ces découvertes et les a accompagnées. Il se trouve qu’elle–même puisait… chez les moines ! Je voudrais ici nommer ce que j’ai appris au monastère, pour la reconnaissance et pour le bonheur de savourer encore. Toute mon existence en fut impactée, puisque l’enjeu fut de supporter voire d’aimer être seule. Qui découvre cela, qu’il soit célibataire, en couple, en communauté ou en famille, se met à vivre en grand !

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pierre emmanuelC’était dans un jardin, un jardin très vert, ombragé d’arbres ployant sous le fruit, le jardin de mes grands‐parents, un paradis. Je lisais les premières pages du Jacob de Pierre Emmanuel (Oeuvres poétiques complètes, second volume, Lausanne, L’Age d’Homme, 2003). Fulguration ! « Je n’ai jamais rien lu de pareil », dis‐je à mon père un peu plus tard. J’avais 22 ans. J’ai 59 ans. Je n’ai jamais plus rien lu de pareil.

Je dois beaucoup à l’oeuvre de Pierre Emmanuel, présence angélique venue à moi et passée. Elle me fut garde‐fou en risque mortel, encouragement à tenir dans la nuit folle, élan vers la vie, ma vie. Je continue de me recevoir d’elle, maintenant loin, aussi loin que l’auteur décédé, avec une reconnaissance libre et heureuse.

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frank2Oui, une robe, une vie, des vies, la Vie ! La robe, c’est une robe de mariée à la fin du 19e siècle (1898), en Alsace. La vie est celle de mon arrière-grand-mère maternelle, Berthe Elise Sophie. Les vies, ce sont toutes celles qui se sont tissées autour de la robe et à partir d’elle. Quant à la Vie…

En dépit de la mort

Berthe Gebs était née en 1869 à Rhinau. Mariée à 29 ans, elle mourut 13 ans plus tard (1911), donc à 42 ans, à Kuttolsheim où son mari était en poste. Lui, Emile Oberlé, instituteur, était veuf d’une première femme, épousée par amour, morte en couches après lui avoir déjà donné un enfant, Jules.

Ce deuxième mariage également fut pour lui un mariage amoureux. La robe est noire. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’était la couleur des robes de mariées en ce lieu et en ce temps-là. Le noir est ici d’élégance et de fête, non pas de deuil, non pas de faute.

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